Interview avec la modèle plus-size Mariana de GLAPOCHA

TSS a eu la chance d’interviewer plusieurs modèles plus-size du magasine GLAPOCHA !

Aujourd’hui, laissez-nous vous présenter MARIANA, l’une des femmes qui souhaite partager la mode grande taille au Japon avec le monde entier! Après avoir vécu pendant 6 ans aux États-Unis, elle veut partager sa propre vision de la « body positivity » avec le monde!

1. En premier, pourriez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Mariana, et je suis modèle depuis Octobre 2018 [2 ans au moment de l’interview]. Je suis également consultante en relations publiques en plus d’être modèle. Je suis entrée chez Glapocha car en tant que trentaine, mes formes ont fait partie de moi dans la majorité de ma vie, ont grandi avec moi et ont eu un impact fort sur mon estime de moi. 

Avec ce contexte, je souhaite que le concept de body positive se développe positivement chez les personnes de ma génération et les personnes qui ont eu des enfants, et que le body shaming disparaisse. Également, au-delà du fait de définir les termes de plus-size ou pocchari, j’aimerai abolir les préjugés sur les grandes tailles, et j’aimerais devenir une modèle qui peut prouver aux gens qui émettent des préjugés sur les plus-size qu’ils ont tord avec mon propre corps.

2. Comment définiriez-vous être grande taille au Japon ?

Comme l’a dit Elly, les personnes plus-size ici au Japon sont soit extrêmement admirées soit extrêmement tournées en ridicule, c’est très opposé. Par exemple, chaque jour de nouvel an au Japon il y a des émissions humoristiques qui passent à la télé et cette année, pour le passage de 2020 à 2021, et donc la première chose que j’ai vu à la télé alors que je me disais “Enfin le début d’une nouvelle année, ça n’augure que du bon”, il s’agissait d’une personne enveloppée faisant une blague sur les rondeurs qui dépaissaient de son pantalon lorsqu’elle s’asseyait. Et vraiment ça m’a mis mal à l’aise.

Je pense que oui, ça peut être bien de faire rire les gens mais résumer les plus-size à être juste le clown de service n’est pas bien comme image. C’est pourquoi ici à GLAPOCHA, nous faisons en sorte d’apporter du courage et du soutien entre nous par rapport à ces discriminations au quotidien. Je pense, et ce n’est que mon avis, que toutes les personnes plus-size, en surpoids ont une image négative dans le monde mais dans le cas du Japon, notre société les discrimine encore plus intensément. Et là raison à cela est qu’au Japon, et de manière générale en Asie, la discrimination verbale par rapport au poids d’une personne est dans les normes, que ce soit des parents ou les camarades de classe dès le plus jeune âge. Dans mon cas, j’ai vécu aux US lors de mon enfance et les parents ont l’habitude de dire que leur enfant est le plus beau, qu’ils en sont fiers. Sauf qu’en comparant aux miens, je me suis rendu compte que j’avais une situation différente, je pensais que mes parents ne me trouvaient pas belle comme j’étais.

Et cette habitude de commenter les personnes sur le poids est profondément inscrite dans notre société japonaise. Par exemple, je souhaite aller à la plage mais la société me dit que mon poids n’est pas idéal donc je ne dois pas en être fière, donc on finit par ne plus aller à la plage. Au final, notre vie et nos activités sont définies par notre poids et on ne vit plus pour nous même au quotidien. 

C’est en se mettant de telles limites qu’on ne vit plus et ma mentalité aujourd’hui est de montrer aux gens que peu importe leur poids, ils peuvent voir un nouveau monde et faire pleins de belles expériences. Je pense aujourd’hui sincèrement que le Japon doit abattre ses limites là pour les gens plus-size afin que leur qualité de vie s’améliore au fil du temps, pour eux-mêmes et aux yeux de la société. 

J’ai trop parlé, excusez-moi *rires*.

3. Que signifie pour vous être body positive ?

Comme Moka l’a bien mis en avant, tout le monde est différent. En anglais, cette notion est très liée au fait d’être “in shape”, de faire du sport et d’être conscient de son apparence.  Peu importe ton corps, c’est un beau mouvement pour amener à aimer son corps car c’est différent pour tout le monde selon chaque situation, et c’est un vrai processus. 

Auparavant, la société mettait de côté les corps qui étaient différents de la moyenne, et je pense que maintenant de plus en plus de monde se rend compte de la diversité des corps et l’acceptent plus facilement grâce à ce mouvement. Le body positive est même plus qu’un mouvement selon moi, je pense que c’est un style de vie. Grâce à ça, les gens qui avaient des talents cachés par leurs poids s’affirment de plus en plus et créent de nouveaux idéaux pour changer les choses.

4. Est-ce que la vie de modèle a eu un grand impact sur votre vie personnelle ?

 J’ai eu beaucoup de retours positifs autant de jeunes hommes que de jeunes filles à propos du body positive. Quand je vois des gens à l’extérieur du travail, par exemple à l’izakaya [bar japonais], les personnes sont souvent surprises quand je dis que je suis modèle, et j’entends très souvent que j’ai un peu trop de forme pour être modèle.

Je suis contente que dans mon cercle proche, en particulier avec mes parents, la notion de body shaming commence à disparaître de plus en plus.

5. Comment ressentez-vous l’influence des personnes plus-size de l’étranger?

Comme j’ai grandi aux Etats-Unis jusqu’à mes 12 ans, j’ai la chance de parler anglais et d’échanger avec des influencers plus-size à l’étranger en message privés. Je sors des vidéos avec ces influenceurs, et j’essaie d’amener au Japon leur vision du body positive et j’essaie de leur transmettre la vision du plus-size au Japon.

J’espère vraiment pouvoir faire découvrir au monde ma vision du plus-size au Japon, c’est comme un rêve. Malheureusement en Asie, comme beaucoup de minorités, nous n’avons pas vraiment de représentant ou représentante fort.

6. Pensez-vous que les réseaux sociaux ont joué un rôle dans la façon dont les gens perçoivent les modèles de différentes tailles et races ?

 Comme Elly l’a fait remarquer, nous avons le choix de poster ce que nous voulons montrer sur les réseaux sociaux, et je pense que cela nous donne un pouvoir incroyable.

Il y a malheureusement beaucoup de cas où quelqu’un va suivre une personne pour son physique ou sa personnalité, et comme cette personne apparaît comme idéale, ce quelqu’un va penser négativement en se comparant. Cette influence que les réseaux sociaux peuvent avoir est énorme. C’est l’exemple parfait pour illustrer le contraire du body négative, car la personne en se comparant va perdre beaucoup d’estime de soi. 

Les influenceurs sur les SNS ont cependant conscience de leur pouvoir d’influence sur leurs abonnés, et essaient de propager du positif. Il reste cependant une part où comme la télévision et les journaux, les gens sur les SNS essaient de partager uniquement un idéal de corps, mais nous avons le choix de sélectionner ce que nous voulons voir.

7. Avez-vous des modèles ou des inspirations ?

Celle qui me vient tout de suite en tête est notre directrice, Momoka Ai. Beaucoup de personnes s’arrêtent sur le fait qu’elle parle de mode, mais elle fait beaucoup plus que ça. Elle nous représente et transmet de beaux messages, par exemple sur Youtube ou Twitter.

Si je dois chercher plus large, je vais passer à Taylor T, une modèle plus-size coréenne. Elle parvient à mettre en valeur la beauté des formes de taille plus et à faire passer de bons messages sur les problèmes qui se posent dans d’autres pays comme les États-Unis et l’Europe. Elle a un concept où elle transmet beaucoup de passion, et je pense que c’est une inspiration pour vous.

8. Avez-vous un message pour les personnes à l'étranger qui sont de taille plus importante, qui sont intéressées ou ne connaissent pas cette catégorie ?

Dans le plus-size, il n’y a pas forcément que des gens qui veulent perdre du poids. Il a certes des gens qui en font un complexe, mais il y a également pleins de gens qui s’aiment grâce au body positive. C’est pour ça que GLAPOCHA existe, nous voulons que tout le monde aime son corps !

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